Après le code source, le code moral !

Magazine
Marque
GNU/Linux Magazine
Numéro
222
Mois de parution
janvier 2019
Spécialité(s)


Résumé
Pantouflant devant ma cheminée à contempler mes réalisations passées et me dire que c'était quand même mieux avant le Cloud et le marketing technologique, je me dois cependant de sortir de mon début d'hibernation pour pousser un rapide coup de gueule avant l'hiver.

Body

Y'en a marre de cette nouvelle mode des codes de conduite sur les projets open source ! On marche sur la tête ou quoi !!!

Je ne sais pas si c'est suite aux mouvements #MeToo ou #BalanceTonPorc (que je respecte tout à fait), mais la librosphère est prise depuis quelque temps d'une frénésie au sujet des codes de conduite. Il s'agit d'encadrer le comportement des acteurs d'une communauté pour définir une ligne de conduite officielle des comportements acceptables au sein de cette communauté.

L'idée de base (respectable là aussi) est d'accueillir au mieux l'autre, dans le respect et de manière pacifique. C'est bien, c'est bon, c'est beau. Et ça me gave sévère ! Pour plusieurs raisons fondamentales.

La première est qu'on prend le geek pour un débile. Ben oui en plus d'être techno-fasciste et nihiliste, il est tellement bête qu'il suffit d'utiliser le mode code (de conduite) pour s'ériger en compilateur de ses comportements.

Ben oui, désormais pour contribuer quelque chose de recevable, il faut que ça compile au niveau du code source, mais aussi au niveau du code moral ! Wouah !! D'ici à ce qu'on fasse de la qualité de pensée comme de la qualité de code...

Alors que Coraline Ada Ehmke soit activiste transgenre et bataille pour être reconnu.e en tant que tel.le (nan j'déconne j'ai pas adopté l'écriture inclusive, tant pis si mon coup de gueule ne compile pas ce code-là non plus...) tant mieux ! Que cela se transforme en Contributor Covenant (https://www.contributor-covenant.org) et une velléité de définir le bien du mal pour les projets open source... là cela me fait marrer. Mais quand je vois la liste des projets qui se mettent à l'adopter et que cela peut être automatisé dans le build via des scripts Node.JS, je déchante.

Mais qu'est-ce que c'est ce délire ?! L'open source et le libre sont des mouvements basés sur la liberté et la non-exclusion dans leur ADN même. Pourquoi ce besoin d'en rajouter et d'entrer en mode punitif ? Pourquoi les États-Unis pollueraient le reste de la planète avec leurs atermoiements moraux. À quand des quotas sur les types de contributeurs dans les projets ? À quand les licences interdisant l'utilisation des logiciels si elle ne se conforme pas à un cadre moral et de bonne conduite? Tiens, on devrait sûrement ajouter des exigences de moralité dans les licences pour mieux répandre la bonne conduite dans le monde...

Je ne sais pas ce que pense Linus Torvald du nouveau code of conduct de Linux, mais si sa manière si percutante de s'exprimer devenait censurée j'en serais vraiment triste. P'têt qu'il n'aurait jamais dû avoir le droit de créer le noyau tant il est grossier et peu respectueux des personnes ? P'têt que le monde serait meilleur sans lui et sans Linux ! J'espère donc que sa « pause » pour réfléchir à son « mauvais » comportement lui aura été bénéfique à titre personnel (au moins pour faire plaisir à sa fille, signataire du Post-Meritocracy Manifesto de la même Coraline)... En attendant, il donne raison au code moral. Faudrait sûrement lancer une campagne de boycott de Linux et de Git pour bien enfoncer le clou et ainsi bien préciser que nul n'est au-dessus du code moral ! Même pas lui et donc sûrement pas nous.

JPT-conduite_figure_01

Heureusement qu'il y en a qui ne suivent pas aveuglément la bien-pensance dans la librosphère. Donc un grand coup de chapeau à la communauté SQLite, qui après recherche historique et vote, a décidé d'adopter un code de conduite éprouvé basé sur la règle de Saint Benoît qui encadre la vie communautaire monastique depuis l'an 500. Et de préciser : « Ce code de conduite a fait ses preuves dans des milliers de communautés diverses pendant plus de 1500 ans et a servi de base à de nombreux codes de droit civil depuis Charlemagne ». Ben voilà ; là on est clairs ! Ok, faut du coup être chrétien, ne pas pratiquer l'adultère et se consacrer régulièrement à la prière pour contribuer à SQLite... mais au moins on sait à quoi s'en tenir, rassurés par le fait que SQLite est véritablement un « bon » projet communautaire.

Et que les p'tits malins qui voudraient pointer du doigt que ce type de contrainte serait justement exclusif et discriminatoire se taisent : ils ne savent pas distinguer le bien du mal et doivent être éduqués.

J'aime cette image du geek barbu un peu sauvage, niais et primitif, métamorphosé, forgé, reconfiguré en pèlerin pénitent du droit chemin du développement collaboratif.

Richard Stallman est lui plus constructif et propose plutôt des recommandations de communication aimable au sein du projet GNU. L'idée étant plus d'éviter les mauvais comportements plutôt que de les punir. Cela a au moins le mérite de sortir un peu du débat ras les pâquerettes et de se concentrer sur le positif, sur les valeurs plutôt que sur des règles à redéfinir ou préciser sans cesse.

Du coup comme même RMS s'y met, on m'a demandé de définir le code de bonne conduite de Jean-Pierre Troll ! Je ne peux pas vous transcrire ici ma première réponse, car elle contrevient au code en question. Sachez qu'il existe pourtant bel et bien ce code. Mais la première règle du JPT Code est qu'on ne parle jamais du JPT Code... Je me vois donc obligé de faire un « bon » coup de gueule.

Bon sur ces considérations morales, je m'en retourne à préparer mon hibernation. Salut les amis, comportez-vous bien, restez libres et ne devenez pas librocrates, y'en a déjà qui s'en chargent pour vous !!!




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GNU/Linux Magazine
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