Utilisez Terraform pour vos projets Docker

Magazine
Marque
GNU/Linux Magazine
Numéro
240
Mois de parution
septembre 2020
Spécialités


Résumé

Terraform est un outil populaire pour déployer de l’infrastructure en particulier à destination des Clouds publics. Cependant, il possède de nombreux providers pour dialoguer avec différents hyperviseurs, bases de données ou solutions d’infrastructures en Software Defined. Voyons dans cet article son utilisation avec Docker.


Body

Le concept de l’Infrastructure as Code a pour but d’automatiser le déploiement des systèmes et infrastructures par l’utilisation de méthodes qui se rapprochent du développement logiciel, comme l’utilisation de scripts ou de fichiers de configuration. Ainsi, le processus de déploiement se trouve plus rapide, sans risque d’erreur humaine, répétable et au final mieux maîtrisé.

Les outils de type Puppet ou Ansible sont capables dans une certaine mesure d’interagir avec une couche infrastructure, toutefois leur rôle est privilégié pour ce qui est de la configuration des systèmes. À l’inverse, Terraform ne se préoccupe pas des systèmes d’exploitation, mais agit comme un formidable orchestrateur vers différentes solutions, à partir du moment où elles disposent d’une API. Leur utilisation conjointe est donc tout à fait possible, si ce n’est recommandé.

Dans le cadre d’une utilisation avec Docker, Terraform ne se préoccupe pas de la gestion des images. Leur création avec un DockerFile et leur publication sur une registry restent d’actualité et ceci est géré en dehors de Terraform. Son rôle démarre au moment de l’instanciation des conteneurs depuis une image. HashiCorp, l’éditeur derrière Terraform dispose toutefois d’un outil pour la gestion des images dont la logique est similaire : Packer.

1. Instancier un premier conteneur

1.1 Prérequis

Si le runtime Docker n’est pas présent sur votre machine, l’installation est très simple. Pour une CentOS ou une RedHat, il faudra en plus ajouter le dépôt Docker-ce à votre système.

$ sudo apt install docker.io
$ sudo systemctl enable docker.service
$ sudo systemctl start docker.service
$ sudo usermod -aG docker $USER

Terraform est distribué sous la forme d’un unique binaire compilé en statique, par conséquent il suffit d’extraire le contenu du ZIP téléchargé sur le site de l’éditeur et de le placer dans un répertoire, de préférence présent dans votre ${PATH}.

$ wget https://releases.hashicorp.com/terraform/0.12.24/terraform_0.12.24_linux_amd64.zip
$ sudo unzip -d /usr/local/bin/ terraform_0.12.24_linux_amd64.zip
Archive: terraform_0.12.24_linux_amd64.zip
  inflating: /usr/local/bin/terraform

Voilà, c’est toute la simplicité et l’élégance de Terraform. Il n’y a rien de plus à déployer ou configurer pour rendre l’outil fonctionnel. On peut d’ores et déjà écrire nos premières lignes de code.

1.2 Un conteneur en quelques lignes

Nous allons dans un premier temps instancier un conteneur avec la dernière image Ubuntu via un fichier Terraform. En ligne de commande, ce sera l’équivalent de ces deux commandes :

$ docker pull ubuntu:latest
$ docker run -d --name terraform_container ubuntu:latest

Il n’y a pas d’impératifs forts pour l’organisation des fichiers Terraform. Cependant, la convention veut que le code principal se trouve dans un fichier nommé main.tf.

Tout démarre par la déclaration du provider, en l’occurrence Docker dans notre cas, avec la méthode de connexion. Dans le cas le plus simple, il s’agit d’utiliser la socket UNIX locale, il faut donc avoir les droits sur la socket. Dans le cadre d’une utilisation à distance, avec SSH par exemple, cela amène donc à la nécessité de déclarer les credentials à utiliser pour s’authentifier. Toujours dans notre fichier main.tf, on déclare ensuite les ressources que nous souhaitons instancier. Pour un conteneur nommé terraform_container depuis la dernière image Ubuntu, cela donne :

provider "docker" {
  host = "unix:///var/run/docker.sock"
}

resource "docker_image" "ubuntu" {
  name = "ubuntu:latest"
}

resource "docker_container" "terraform_container" {
  image = docker_image.ubuntu.latest
  name  = "terraform_container"
}

1.3 Cycle de vie

Le conteneur est décrit dans un exemple de code, mais n’est pas encore instancié tant que l’on n’a pas fait appel à Terraform. Nous allons dans un premier temps avoir besoin du provider Terraform pour Docker [1], le binaire que nous avons téléchargé n’en disposant pas. Terraform va automatiquement détecter le backend dont il a besoin depuis le code :

$ terraform init
 
Initializing the backend...
 
Initializing provider plugins...
- Checking for available provider plugins...
- Downloading plugin for provider "docker" (terraform-providers/docker) 2.7.0...
 
[...]
 
* provider.docker: version = "~> 2.7"
 
Terraform has been successfully initialized!

Nous allons maintenant générer un « plan ». Le plan ne crée aucun changement sur l’infrastructure, mais va analyser les actions qui doivent être entreprises pour appliquer les changements souhaités sur l’infrastructure. Cela permet de visualiser les actions que Terraform souhaite entreprendre avant qu’elles ne soient appliquées, en particulier lorsque ces changements sont sensibles. Optionnellement, le plan peut être sauvegardé dans un fichier.

$ terraform plan
Refreshing Terraform state in-memory prior to plan...
The refreshed state will be used to calculate this plan, but will not be persisted to local or remote state storage.
 
docker_image.ubuntu: Refreshing state...
[id=sha256:4e5021d210f65ebe915670c7089120120bc0a303b90208592851708c1b8c04bdubuntu:latest]
 
------------------------------------------------------------------------
 
An execution plan has been generated and is shown below.
Resource actions are indicated with the following symbols:
   + create
 
Terraform will perform the following actions:
 
   # docker_container.terraform_container will be created
   + resource "docker_container" "terraform_container" {
     + attach           = false
     + bridge           = (known after apply)
     + command          = (known after apply)
     + container_logs   = (known after apply)
     + entrypoint       = (known after apply)
     + env              = (known after apply)
     + exit_code        = (known after apply)
     + gateway          = (known after apply)
     + hostname         = (known after apply)
     + id               = (known after apply)
     + image            = "sha256:4e5021d210f65ebe915670c7089120120bc0a303b90208592851708c1b8c04bd"
     + ip_address       = (known after apply)
     + ip_prefix_length = (known after apply)
     + ipc_mode         = (known after apply)
     + log_driver       = "json-file"
     + logs             = false
     + must_run         = true
     + name             = "terraform_container"
     + network_data     = (known after apply)
     + read_only        = false
     + restart          = "no"
     + rm               = false
     + shm_size         = (known after apply)
     + start            = true
 
     + labels {
         + label = (known after apply)
         + value = (known after apply)
       }
   }
 
Plan: 1 to add, 0 to change, 0 to destroy.[...]

Si la revue du plan est conforme aux actions souhaitées, il peut être appliqué :

$ terraform apply
docker_image.ubuntu: Refreshing state...
[id=sha256:4e5021d210f65ebe915670c7089120120bc0a303b90208592851708c1b8c04bdubuntu:latest]
 
[...]
 
Plan: 1 to add, 0 to change, 0 to destroy.
 
Do you want to perform these actions?
[...]
 
docker_container.terraform_container: Creating...
docker_container.terraform_container: Creation complete after 0s [id=2e6dc1f72de2ba701bbebb355d23515ff3380ff698d4dc39150bc8b8c4686ba3]
 
Apply complete! Resources: 1 added, 0 changed, 0 destroyed.

Vérifions que notre conteneur est bien instancié :

$ docker ps -a
CONTAINER ID        IMAGE               COMMAND             CREATED             STATUS                     PORTS               NAMES
133caea16805        4e5021d210f6        "/bin/bash"         12 minutes ago      Exited (0) 5 seconds ago                       terraform_container

C’est parfait, Terraform a fait le job. À l’issue de son exécution, un fichier tfstate a été généré afin de pouvoir conserver un lien entre ce qui a été généré et le code de l’infrastructure. Cela permet également de gérer l’ensemble du cycle de vie du provisionning de l’infrastructure, ce que nous allons faire en décommissionnant notre conteneur :

$ terraform destroy
docker_image.ubuntu: Refreshing state... [id=sha256:4e5021d210f65ebe915670c7089120120bc0a303b90208592851708c1b8c04bdubuntu:latest]
docker_container.terraform_container: Refreshing state...
[id=133caea16805a38a3997f7a2fad438e1030a6c3a09ec732db76e706dc22ec217]
 
An execution plan has been generated and is shown below.
Resource actions are indicated with the following symbols:
- destroy
 
Terraform will perform the following actions:
# docker_image.ubuntu will be destroyed
- resource "docker_image" "ubuntu" {
     - id     = "sha256:4e5021d210f65ebe915670c7089120120bc0a303b90208592851708c1b8c04bdubuntu:latest" -> null      
     - latest = "sha256:4e5021d210f65ebe915670c7089120120bc0a303b90208592851708c1b8c04bd" -> null
     - name   = "ubuntu:latest" -> null
   }
 
Plan: 0 to add, 0 to change, 1 to destroy.[...]

Que ce soit utilisé avec Docker, VMWare ou AWS [2], cette logique d’utilisation reste dans tous les cas valable.

2. Terraform dans le monde réel

L'exemple précédent n’était pas pertinent dans le périmètre d’un unique conteneur, mais permettait de s’approprier Terraform. Dès qu’il est question d’avoir plusieurs conteneurs qui doivent communiquer, d’exposer une application sur le réseau ou de permettre à un conteneur de disposer d’un stockage persistant, le besoin est tout autre.     

L’outil de prédilection avec Docker est plutôt Docker Compose, mais d’une part l’utilisation du YAML rebute certaines personnes et d’autre part, son utilisation est limitée à ce système de conteneurisation. Terraform propose une autre syntaxe pour arriver à ses fins.

Pour que le lecteur puisse facilement comparer, je suis parti de la stack Docker Wordpress sur le dockerhub [3] et je vous propose une version écrite en Terraform. Cette stack déploie un conteneur de base de données et deux volumes persistants. J’ai juste remplacé MySQL par MariaDB pour ne pas déployer un produit issu d’Oracle sur ma machine.

Voici donc ce que donne notre stack Wordpress réécrite en Terraform :

provider "docker" {

  host = "unix:///var/run/docker.sock"

}

 

resource "docker_network" "private_network" {

  name = "wp_net"

}

 

resource "docker_volume" "wp_vol_db" {

  name = "wp_vol_db"

}

 

resource "docker_volume" "wp_vol_html" {

  name = "wp_vol_html"

}

 

resource "docker_container" "db" {

  name  = "db"

  image = "mariadb"

  restart = "always"

  network_mode = "wp_net"

  mounts {

    type = "volume"

    target = "/var/lib/mysql"

    source = "wp_vol_db"

  }

  env = [

     "MYSQL_ROOT_PASSWORD=rootpassword",

     "MYSQL_DATABASE=wordpress",

     "MYSQL_USER=exampleuser",

     "MYSQL_PASSWORD=examplepass"

  ]

}

 

resource "docker_container" "wordpress" {

  name  = "wordpress"

  image = "wordpress:latest"

  restart = "always"

  network_mode = "wp_net"

  env = [

    "WORDPRESS_DB_HOST=db",

    "WORDPRESS_DB_USER=exampleuser",

    "WORDPRESS_DB_PASSWORD=examplepass",

    "WORDPRESS_DB_NAME=wordpress"

 

  ]

  ports {

    internal = "80"

    external = "8080"

  }

  mounts {

    type = "volume"

    target = "/var/www/html"

    source = "wp_vol_html"

  }

}

Un terraform apply plus loin, nous pouvons vérifier le déploiement de nos deux conteneurs et accéder à notre application sur le port 8080 :

$ docker psCONTAINER ID        IMAGE               COMMAND                  CREATED             STATUS              PORTS                  NAMES
d52385968da1        mariadb             "docker-entrypoint.s…"   11 seconds ago      Up 10 seconds       3306/tcp               db
58b40a7d5d41        wordpress:latest    "docker-entrypoint.s…"   22 seconds ago      Up 21 seconds       0.0.0.0:8080->80/tcp   wordpress

Conclusion

La grande force de Terraform à mon sens est de ne pas jouer le rôle d’une couche d’abstraction aux différents providers. C’est souvent un facteur de bugs ou une limitation sur un dénominateur commun de fonctionnalités, qui s’en trouvent forcément réduites. En effet, les ressources manipulées sont directement celles de la solution administrée. On ne manipule pas une VM, mais une instance EC2 ou une machine virtuelle VM avec leurs spécificités et fonctionnalités, ne limitant donc pas l’éventail de possibilités à un sous-ensemble de fonctionnalités partagées.

Le grand intérêt de Terraform réside dans la capacité de pouvoir utiliser un même outil et un même flux de travail avec une grande variété de providers.

Références

[1] Provider Docker pour Terraform : https://www.terraform.io/docs/providers/docker/index.html

[2] J. MOROT, « Infrastructure As Code sous AWS avec Terraform », GNU/Linux Magazine no216, juin 2018 : https://connect.ed-diamond.com/GNU-Linux-Magazine/GLMF-216/Infrastructure-As-Code-sous-AWS-avec-Terraform

[3] Image Wordpress sur DockerHub : https://hub.docker.com/_/wordpress/



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